Faut-il avoir peur du glyphosate ?

Le glyphosate est l’herbicide le plus répandu dans le monde et contenu notamment dans le Roundup de Monsanto. Utilisé depuis 1974, son autorisation arrive à échéance en Europe le 31 décembre prochain. Toutefois, le renouvellement de son homologation par la Commission européenne est suspendu à l’intense controverse scientifique sur son caractère potentiellement cancérogène. Des suspicions renforcées par la publication de documents internes à Monsanto dans le cadre d’un procès aux Etats-Unis.

Qu’est-ce que le glyphosate ?

Le glyphosate est un herbicide (désherbant). Adjoint à d’autres produits, il permet la destruction des herbes non désirées, dans le cadre de productions agricoles ou encore dans l’entretien d’espaces urbains ou industriels. Herbicide le plus répandu dans le monde, il est notamment et principalement contenu dans le Roundup, l’un des produits phares de la marque américaine Monsanto. Au total, environ 800 000 tonnes de glyphosate sont épandues chaque année dans le monde, dont environ 10 000 tonnes en France. Il est en outre le produit chimique le plus fréquemment détecté dans l’environnement.

Autorisé depuis 1974, pourquoi le glyphosate suscite-il aujourd’hui la controverse ?

Autorisé depuis sa création en 1974, le glyphosate suscite le débat depuis mars 2015. A l’origine de la controverse : un rapport rendu public par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence intergouvernementale sous l’autorité de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) des Nations unies. Selon ce rapport, le caractère cancérogène du glyphosate est “probable“.

Or ce résultat a été contredit en novembre 2015 par une étude rendue publique par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Dans l’incertitude, de nombreux Etats membres ont refusé de renouveler l’autorisation du glyphosate, qui arrivait à échéance le 30 juin 2016, la France ou encore l’Allemagne préférant s’abstenir. Dans l’attente d’une nouvelle étude, de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) cette fois, la Commission européenne n’a ainsi prolongé l’homologation du produit que jusqu’au 31 décembre 2017.

Cette nouvelle étude a été publiée en mars 2017. Elle rejette, à l’instar de celle de l’EFSA, le caractère potentiellement cancérogène du glyphosate.

La dangerosité potentielle du glyphosate n’est toutefois pas écartée. En effet, comme le dénoncent nombre de scientifiques, d’ONG et de personnalités politiques, les rapports du CIRC, de l’EFSA et de l’ECHA ne sont pas comparables. Alors que le premier se prononce sur les produits commercialisés, comme le Roundup, les deux autres n’étudient que le glyphosate seul, sans les adjuvants qui renforcent ses effets. De plus, lorsque le CIRC base son analyse sur des études publiques, l’EFSA et l’ECHA travaillent principalement à partir de données directement transmises par les industriels, dont Monsanto, ce qui rendrait leurs conclusions contestables.

C’est ce que dénonce en tout cas Christopher Portier, scientifique américain, dans une lettre ouverte adressée le 29 mai 2017 à Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, et relayée par de nombreux médias. “Autant l’EFSA que l’ECHA ont échoué à identifier tous les cas statistiquement significatifs d’augmentation d’incidence de cancers, dans les études menées sur les rongeurs“, écrit-il. Avant de préciser avoir décelé “huit cas d’augmentation d’incidence significative de différentes tumeurs“, qui n’apparaissent dans aucune des deux publications. Par conséquent, M. Portier demande “respectueusement” à l’EFSA et l’ECHA de “conduire leur propre analyse” et “d’amender leurs conclusions en conséquence“. Pour fonder ses résultats, le chercheur américain s’est appuyé sur des données utilisées et publiées par l’EFSA et qui jusqu’à présent étaient restées confidentielles.

FR Glyphosate

Peut-on se passer du glyphosate ?

A l’heure actuelle, le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé dans le monde, tandis que le Roundup détient une situation de quasi-monopole sur le marché. Dans ces conditions, aucune alternative n’existe pour permettre un éventuel remplacement immédiat du glyphosate.

Marc Tarabella, eurodéputé socialiste belge, interrogé par Toute l’Europe, le confirme : “des alternatives existent, mais elles ne sont pas commercialisées à cette échelle“. L’une d’entre elles, récemment validée aux Etats-Unis, viendrait d’ailleurs également de Monsanto. Pour Angélique Delahaye, députée européenne française membre des Républicains, il est donc urgent que l’Europe et les Etats membres “mettent de l’argent sur la table” pour développer des produits alternatifs au glyphosate.

Quelles sont les prochaines étapes ?

L’autorisation du glyphosate arrive à échéance le 31 décembre prochain en Europe. En juin 2016, alors que les Etats membres n’étaient pas parvenus à dégager une majorité quant au renouvellement ou non de son homologation, la Commission avait décidé d’une nouvelle autorisation temporaire de 18 mois, dans l’attente principalement du rapport de l’ECHA. Publié en mars dernier, et considérant le glyphosate comme probablement pas cancérogène, il est attendu de l’exécutif européen qu’il propose une prolongation de l’autorisation du glyphosate jusqu’en 2027 aux Etats membres, et ce avant la fin de l’année 2017.

Toutefois, l’étude de l’ECHA n’a pas levé les doutes quant à la dangerosité de l’herbicide, renforcés dans le même temps par les Monsanto Papers et d’autres prises de position de scientifiques, d’ONG et de personnalités politiques. Face à cette incertitude persistante, les parlementaires européens, comme l’ont déclaré à Toute l’Europe Marc Tarabella et Angélique Delahaye, vont réclamer une audition de la Commission européenne lors d’une prochaine session plénière. Par ailleurs, sont également envisagées une audition des représentants de Monsanto voire la constitution d’une commission d’enquête au Parlement européen. Des options qui nécessiteraient toutefois le feu vert d’une majorité de députés européens, ce qui n’est pour l’heure pas acquis.

En outre, le 1er juin 2017, quatre eurodéputés écologistes, dont Michèle Rivasi, ont annoncé avoir saisi la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) afin d’obtenir de l’EFSA les études sur lesquelles elle s’est fondée pour considérer le glyphosate “probablement pas cancérogène“.

Une initiative citoyenne européenne a également été lancée en janvier 2017 visant à demander l’interdiction du glyphosate au sein de l’Union européenne. Conduite par des organisations issues de l’ensemble des 28 Etats membres, cette initiative devra recueillir au moins 1 million de signatures de citoyens pour être entérinée et ainsi inciter la Commission européenne à légiférer en conséquence.

Par ailleurs, les Etats membres de l’Union européenne étant les ultimes décisionnaires en la matière, leur rôle est donc appelé à être prépondérant. Depuis 2015, des Etats membres comme la France, l’Allemagne ou encore la Suède ont fait part de leurs inquiétudes quant à la toxicité du glyphosate et se sont abstenus lors du dernier vote portant sur la prolongation de son autorisation. Un choix vu comme un “manque de courage” par Marc Tarabella, car l’abstention laisse la possibilité à la Commission européenne de renouveler l’homologation du produit.

 

Source : touteleurope.eu

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